Alors que la date fatidique approche, SpaceX et la NASA n'ont pas encore trouvé d'accord sur une question cruciale : la capacité des astronautes à prendre manuellement le contrôle de Starship lors de la descente vers la surface lunaire.

Vue d'artiste du Starship en train de se poser sur la Lune. ©SpaceX
Vue d'artiste du Starship en train de se poser sur la Lune. ©SpaceX

En 2021, l'agence spatiale américaine sélectionnait la mégafusée de SpaceX en tant qu'alunisseur dans le cadre du programme Artemis. Un an plus tard, le vaisseau Blue Moon de Blue Origin était lui aussi choisi afin de varier les acteurs investis dans l'implantation d'une base sur notre satellite.

Et si la NASA vient de remanier en profondeur le programme, les deux entreprises gardent leur rôle clé. Robert Steinau, inspecteur général de l'agence, vient justement de publier un rapport sur la gestion de ces contrats. Et il y a de quoi s'inquiéter.

La question des commandes manuelles

En effet, la NASA n'arrive pas à s'entendre avec SpaceX concernant la présence de commandes manuelles, ou non, au sein du Human Landing System (HLS), la version de Starship adaptée pour l'alunissage. L'agence exige que ses astronautes puissent reprendre le contrôle manuel du vaisseau lors de la descente vers la surface lunaire, comme ce fut le cas lors des mission Apollo.

Car la mégafusée ne dispose pas d'antécédents de vol lunaires habités, la capacité de contrôle manuel est donc considérée comme un élément central de son homologation pour transporter des êtres humains. Si SpaceX n'y est pas opposée en principe, son approche actuelle ne satisfait pas aux exigences de NASA, et la « tendance s'aggrave », d'après Steinau.

Et si rien ne change, l'atterrissage automatisé pourrait devenir la seule option, ce que l'agence juge insuffisant. Ceci est d'autant plus préoccupant que la Critical Design Review approche. Cette étape décisionnelle clé marque le point de non-retour dans le développement d'un système spatial, car sa conception est alors figée en vue de la fabrication et de l'assemblage.

À voir si le précédent de la Crew Dragon sera pris en compte. Alors que SpaceX voulait s'en tenir à des écrans tactiles avec des commandes de vol limitées, la NASA a réclamé des contrôles plus directs. Désormais, la capsule dispose de commandes manuelles intégrées aux écrans tactiles. Un compromis qui fonctionne.

Le retour sur la Lune est prévu en 2028. ©Delpixel / Shutterstock
Le retour sur la Lune est prévu en 2028. ©Delpixel / Shutterstock

Déjà deux ans de retard

Mais c'est loin d'être tout. L'inspecteur estime que SpaceX accuse déjà deux ans de retard depuis sa sélection, et que les choses pourraient encore s'empirer. Car le défi le plus complexe attend encore l'entreprise d'Elon Musk : le ravitaillement de carburant dans l'espace, qui nécessitera une logistique incroyablement titanesque.

D'autant que le Starship n'a toujours pas réalisé de vol opérationnel. La fusée, toujours en phase de prototype, devrait effectuer un nouveau test à la mi-avril. Et un échec commencerait très sérieusement à mettre SpaceX sous pression : la NASA tient absolument à tenir sa deadline alors que la Chine accélère ses efforts lunaires.